6. Représentations sociales et assignations sexuées 1

9 :00 AM – 10 :30 AM
Grande tente, Université Quisqueya

Présidence de séance : Marie-José Nzengou-Tayo, University of the West Indies

Nathalie Almar, Université des Antilles et de la Guyane : Respectabilité, émancipation féminine et stéréotypes culturels. Vers une déconstruction des assignations de genre dans la sphère discursive contemporaine
Notre proposition s’inscrit dans le cadre des Sciences de l’Information et de la Communication. Elle interroge les processus de construction identitaire féminine au sein de la sphère discursive contemporaine dans les Antilles françaises. Nous concevons l’identité selon l’approche de Stuart Hall qui invite le chercheur à « considérer l’identité comme une production toujours en cours, jamais achevée, et qui se constitue à l’intérieur et non à l’extérieur de la représentation ». Ainsi, les représentations ne sont pas que des images reproduisant une réalité, elles participent pleinement, tout comme les pratiques culturelles, au processus de production des identités et notamment des identités genrées qui s’articulent entre deux modalités de la construction identitaire : le respect des traditions et du standard de la respectabilité féminine, et les aspirations à de nouvelles valeurs issues de la modernité. Nos travaux s’appuient sur deux terrains investis dans le cadre du programme de recherche « Identités de genre et de culture à la Martinique » : une étude de réception d’une série télévisée tournée en Guadeloupe (la Baie des flamboyants). L’analyse du discours des téléspectatrices nous permet de questionner le rôle des médias dans le processus de production des identités genrées ainsi qu’une analyse de textes slammés par des femmes en Martinique et qui se saisissent de ce nouvel espace d’expression relevant des Cultures Urbaines pour revendiquer une évolution des frontières de genre.

Nadine Lefaucheur, Université des Antilles et de la Guyane : La femme poto mitan : réalités et représentations sociales à la Martinique
On s’interrogera d’abord sur les réalités économiques et sociales qui fondent, pour la Martinique, la représentation de la femme poto mitan – en partant, d’une part, des données statistiques disponibles concernant l’activité économique des femmes et, surtout, leur rôle dans la famille et dans l’éducation des enfants (enquêtes et recensement INSEE, enquête ENVEF-Martinique sur les violences interpersonnelles, enquête INED « Migrations, Famille et Vieillissement dans les DOM », enquêtes périnatalité, analyse secondaire de l’enquête ENVEF sur les configurations familiales, etc.), et, d’autre part, des histoires de vie recueillies par le Groupe Genre et Société aux Antilles dans le cadre d’enquêtes passées ou en cours (enquêtes sur les « sorties » de la violence conjugale ; sur les pratiques culturelles, la production des identités et le questionnement des frontières de genre ; sur la façon de « faire famille » à la Martinique ; sur la création d’entreprises par les femmes ; sur les familles monoparentales et la précarité). On s’interrogera ensuite sur l’appropriation de cette représentation dans la construction des identités féminines de fanm doubout et de (grands -) Mères Courage et, à l’inverse, sur le rejet « féministe » de cette représentation considérée comme aliénante.

Sabine Lamour, Université Paris VIII : Migrations des femmes et éthique de responsabilité : renouveler les récits sur  les déplacements des femmes en Haïti
Ce papier vise à montrer que les femmes haïtiennes en situation migratoire sont soumises à des injonctions paradoxales du fait des normes de socialisation qui les contraignent à deux postures contradictoires : de départ et de rattache. En travaillant hors d’Haïti pour sustenter leurs familles qui y vivent, elles se retrouvent encore plus liées au pays, en vivant une situation ambivalente. Cette proposition s’articule autour de trois hypothèses. Premièrement, la socialisation imposant aux femmes haïtiennes une éthique de responsabilité manifestée dans le « souci des autres » (Paperman et Laugier, 2011) comme valeur, structurant leurs rôles et positions dans et hors d’Haïti. En second lieu, cette éthique se matérialise dans des stratégies portant les femmes à s’émigrer, en vue de prendre le groupe familial en charge. Troisièmement, ces femmes sont donc plus soudées au pays. En conclusion, l’idée sera de dégager le développement d’un soi responsable allant à l’encontre d’un processus d’individuation se matérialisant par des liens affectifs et économiques indéfectibles entre elles et le reste du groupe familial, par-delà les frontières et l’absence.