8. Mouvement féministe, intervention et politiques publiques

10 :45 AM – 12 :15 PM
Grande tente, Université Quisqueya

Présidence de séance : Sabine Lamour, Université Paris VIII

Charmain Levy, Université du Québec en Outaouais : Femmes, mouvements sociaux et politique publique d’habitation au Brésil : défis et conquêtes
Partout dans les centres urbains du monde, les femmes particulièrement celles à faible revenu sont parmi les groupes sociaux les plus touchés par les problèmes d’accès au logement. Au Brésil, c’est en partie pour cette raison que les femmes sont le public le plus important au sein du Mouvement populaire pour l’habitation (MPH). Mais cela ne signifie pas pour autant que l’agenda promu par ces organisations intègre des revendications qui tiennent compte de la signification spécifique du logement pour les femmes. Depuis 2003 cependant, à l’initiative d’une organisation féministe, des organisations du MPH de Sao Paulo ont intégré la question « Femmes et logement » à leur programme de formation. Mettant en lumière les rapports d’inégalités qui perdurent entre les hommes et les femmes et les inégalités dans leur accès à la ville (services, équipements et infrastructures), et la sous-représentation politique des femmes au sein des instances de ce mouvement social, cette initiative a suscité une prise de conscience de l’importance de cet enjeu pour les femmes et les membres. Cette association, entre un mouvement social et une composante du mouvement féministe, avec l’appui d’un élu, s’est traduite par l’adoption d’une loi qui oblige la municipalité et les organisations paramunicipales à enregistrer le bail des logements publics au nom de la femme (et ce, peu importe son statut civil). Cette communication s’appuie sur la recherche que nous avons menée à partir de l’étude de cas de composantes du mouvement populaire pour l’habitation dans le centre-ville de Sao Paulo depuis 2003.

Denyse Côté, Université du Québec en Outaouais : Intervention en violence faite aux femmes pendant la période humanitaire : constats accablants
Les images de l’important séisme qui a frappé au cœur d’Haïti sont encore dans nos têtes. Au départ bien accueilli par les Haïtiens, l’immense élan de générosité qu’il a provoqué a mobilisé une somme massive de personnel et d’équipements humanitaires, qui se sont sédimentés à la MINUSTAH et aux ONG internationales déjà présentes en sol haïtien. Bien que nécessaire, ce lourd appareillage international a aussi eu des effets dé-structurants, en particulier sur le mouvement des femmes haïtien. Durement frappées par la catastrophe comme tous leurs compatriotes d’ailleurs, les leaders et militantes féministes ont dès le lendemain tout de même poursuivi leurs actions de soutien, de prévention et de défense des droits des femmes. Mais elles ont aussi été largement méconnues et même ignorées par beaucoup d’intervenants humanitaires et par la plupart des dispositifs internationaux faisant pourtant la promotion de politiques d’égalité. À ceci se sont ajoutés d’importants incidents de médiatiques qui ont propagé au sein de la communauté internationale des stéréotypes dévastateurs sur la situation réelle des violences faites aux femmes en Haïti. Héritières d’une riche histoire, les militantes féministes haïtiennes ont donc dû reconstruire leurs organisations décimées sans le soutien et trop souvent même en porte-à-faux avec les organisations humanitaires. Comment une telle situation a-t-elle pu se produire ? Comment éviter qu’elle se reproduise ? Voilà les questions qui seront abordées dans cette communication.

Roger Cantacuzène, Université des Antilles et de la Guyane : « Etre jaloux c’est mignon ? » : Mise en scène et déconstruction des rapports de genre par le théâtre-forum
Alors que sont mises en place depuis plusieurs années, à la Martinique, des campagnes de prévention des violences à l’égard des femmes, depuis peu a émergé l’idée de recourir à un outil moins conventionnel que les conférences, celui des techniques dites du « théâtre-forum », afin de mettre en lumière et de déconstruire stéréotypes et comportements sexistes susceptibles d’engendrer ces violences. Un travail d’observation participante – en cours – au sein de la structure promotrice de cette action (l’association Konbit) nous a conduits à suivre deux volets d’intervention : l’un relatif au public scolaire adolescent (collégien.ne.s et lycéen.ne.s), à travers le programme dit « X=Y en milieu scolaire », visant à promouvoir l’égalité garçon-fille et à prévenir les comportements et violences sexistes ; l’autre prenant la forme d’un atelier de « théâtre-forum » s’adressant à un public adulte – essentiellement féminin – en situation de précarité économique. En s’appuyant sur le matériau d’observation recueilli, la communication s’attachera à présenter les types de représentations relatives aux rapports de genre révélés par les interactions au sein des publics « spect-acteurs » du théâtre-forum. L’un des axes importants de réflexion portera sur la perception par les publics féminins des expressions de la « jalousie amoureuse ».