2. L’image des femmes dans les romans haïtiens

1 :30 PM – 3 :00 PM
Grande tente, Université Quisqueya

Présidence de séance : Evelyne Trouillot, auteure et romancière

Marie José Nzengou Tayo, University of the West Indies : Impact de l’occupation américaine sur la représentation des femmes dans la littérature haïtienne : hier et aujourd’hui
Comme le signale la sociologue Carolle Charles lors d’une communication faite sur les femmes haïtiennes pendant l’Occupation américaine, un des paradoxes de cette Occupation est d’avoir permis l’émergence du Féminisme en Haïti et permis aux femmes de la bourgeoisie de remettre en question l’ordre patriarcal en s’organisant (création de la Ligue féminine d’action sociale) et en affirmant leur pensée intellectuelle dans leur propre journal (La semeuse). Les femmes prennent donc la plume et à travers la fiction et non plus la poésie, elles se représentent et font le portrait de leur société. Cette communication discute la représentation littéraire de la femme haïtienne par les écrivains des deux sexes. S’appuyant sur les analyses de J. M. Dash (Haiti and the United States, 1989) et de R. Latortue (« Le Discours de la nature : la femme noire dans la littérature haïtienne », 1984), l’auteur tente de comparer les visions masculines et féminines de la femme et discute des implications idéologiques qui les sous-tendent. La discussion s’appuiera sur deux textes de la première moitié du XXe siècle, Le choc de Léon Laleau et Le joug d’Annie Desroy. Il s’agira de faire ressortir la mise en place de modèles littéraires qui marqueront les représentations subséquentes de la femme haïtienne par nos écrivains et de voir comment quelques écrivains contemporains revisitent et parfois détournent ces clichés.

Dieulermesson Petit Frère, Legs éditions : Ombres de femmes, images d’héroïnes dans les récits haïtiens du 20e siècle. Lectures d’Amour, Le sexe mythique et Guillaume et Nathalie
La seconde moitié du XXème siècle marque un tournant décisif dans l’histoire de la littérature haïtienne. Cette époque a, non seulement, vu l’éclosion d’une série d’œuvres retraçant les scènes de l’histoire et de la vie nationales et la dispersion timide des groupes littéraires, mais aussi et surtout une appropriation de la figure féminine par les créateurs artistiques. Elle s’est surtout opérée dans le roman. La poésie –genre dominant de tout le XIXème et du début du XXème siècles- lui avait déjà consacré mille et une couronnes. Aussi le discours véhiculé dans le roman haïtien contemporain –de Chauvet ou Magloire à Lahens ou Mars- s’inscrit-il dans une forme de libération/libéralisation de la figure féminine longtemps cloîtrée dans le prisme d’un idéal à dominante masculine. Ce discours, autant produit par des hommes que par des femmes, propose un regard ambivalent sur l’appropriation du personnage féminin. Notre propos entend se concentrer sur le traitement des figures féminines dans la production littéraire en se limitant particulièrement à un genre (le roman) tant comme « acteurs et objets » et leur perception de la création littéraire comme lieu d’expression d’une certaine identité et des différenciations sociale et sexuelle dans le (re)positionnement voire (ré)adaptation du féminisme dans le contexte actuel. Toutefois ce n’est pas tant le roman comme forme que comme mode d’expression et d’écriture, qui nous intéresse.

Darline Alexis, Université Quisqueya / Ecole Normale Supérieure : Une parole intime pour la transgression des codes sociaux dominants
Cette proposition s’intéresse aux stratégies scripturales des écrivains haïtiens pour porter dans la sphère publique des sujets traditionnellement confinés à la sphère privée, tels la position de la femme dans le maintien d’un certain schéma socioculturel, le plaisir féminin, la folie … À travers deux récits, Amour de Marie Chauvet et Thérèse en mille morceaux de Lyonel Trouillot, publiés respectivement en 1968 et en 2000, et qui tous deux se présentent sous la forme de journaux intimes de personnages féminins, il s’agira de considérer les modalités du devenir politique de la parole intime à partir du moment où la littérature la fait sienne.