3. Femmes, politique et administration publique

1 :30 PM – 3 :00 PM
Auditorium du CCC, Université Quisqueya

Présidence de séance : Mirlande Manigat, Université Quisqueya

Rose Esther Sincimat, Université d’État Haïti : Pratiques institutionnelles d’application et représentations sociales du genre dans l’administration publique haïtienne
Depuis la tenue de la quatrième conférence mondiale des femmes en 1995, les discours sur l’intégration du genre dans les multiples domaines d’action sont constants au sein des gouvernements et des organismes du pays. Des initiatives autour des thèmes prioritaires du programme d’action de Beijing sont devenues plus intenses. Vingt ans après, les résultats des recherches et les évaluations des rapports périodiques ont permis de déceler la lenteur des progrès accomplis dans l’avancement de la cause des femmes. La résurgence de certains comportements discriminatoires à leur égard suscite l’inquiétude et la réduction des inégalités de genre dans la vie civique, économique, sociale, politique et culturelle demeure un défi majeur. Cette communication cherche à faire comprendre comment les représentations sociales influencent l’appropriation et les pratiques d’application de l’approche genre dans l’administration publique haïtienne. Elle s’appuie sur la théorie des représentations sociales (Moscovici, 1961) et notamment l’approche structurale, la théorie du noyau (Abric, 1984 ; Flament, 1981), et la théorie des pratiques sociales développée par Bourdieu (1972) et Reckwitz (2002). Aussi avons-nous utilisé les techniques d’entretien semi-directif auprès de vingt-cinq fonctionnaires-cadres supérieurs et opté pour l’analyse de contenu qualitative. Les résultats ont démontré que les pratiques du genre sont interreliées aux référents culturels des fonctionnaires gagnés à la cause des femmes. Cette démarche a permis d’explorer la dynamique institutionnelle du processus d’application et le cadre d’engagement dans la dénaturalisation des rapports sociaux de sexe.

Ketleine Charles, Université d’État Haïti : Réflexion sur le quota
Le quota est perçu comme étant une mesure spéciale visant la promotion de la parité dans la prise de décision politique administrative et économique. Elle représente une mesure positive qui facilite l’établissement d’un pourcentage fixe mettant la représentation équitable d’une catégorie spécifique de personnes. Dès son apparition, le quota a suscité une vague de polémique et renvoie à des pratiques différenciées d’un pays à l’autre. En Haïti, ce débat a été initié de manière systématique par le Ministère à la Condition Féminine et aux Droits des Femmes (MCFDF) lors des travaux de révision de la constitution de 1987 et de finalisation du projet de loi réglementant le fonctionnement des partis politiques, en août 2009. Elle est expérimentée en politique à partir des élections de 2015 : 9 août et 25 octobre. Cependant, le résultat de ces dernières n’arrête pas de soulever des questionnements autour de la non-représentativité des femmes dans la 50e législature. Ce constat nous amène à nous interroger sur les principaux obstacles liés à l’application du quota en Haïti ; la nécessité d’adopter une stratégie efficace et parallèlement des mesures accompagnatrices pour de meilleurs résultats. Ainsi, la méthodologie qui sera adoptée au cours de cette communication est la suivante : une analyse théorique de l’état des réflexions sur le quota de genre et la représentation des femmes en politique et une illustration de l’application du quota dans certains pays et les principaux enjeux, défis et perspectives pour Haïti viendront consolider notre approche empirique.

Alexandra Cenatus, University of Florida : Femmes, Politique et le Vodou en Haïti
Nous montrerons dans cette présentation que les femmes vodouisantes peuvent, à l’exemple des autres femmes des autres religions présentes en Haïti, profiter de la médiatisation de leurs droits et de leurs luttes afin de revendiquer une politique de genre qui rencontre leurs aspirations. Pour cela, nous mettons en exergue les travaux de Verba, Schlozman et Brady (1995) qui avancent que la participation politique des groupes religieux, bien que liés à des différences socio-économiques entre eux, provient de l’acquisition des droits civiques à travers leurs compétences associatives et en particulier, de leurs expériences dans le domaine public. Dans le cas d’Haïti, trois groupes religieux sont présents dans la scène politique : les pratiquants catholiques, vodouisants et protestants. Cependant, parmi ces groupes cités, seules les femmes des confessions chrétiennes sont en mesure de légitimer leur statut social, et provoquer des démarches pour maintenir leurs positions dans l’espace politique. À l’inverse, le vodou ne maintient pas cette même prédominance dans la société haïtienne. En nous basant sur la théorie de la conscience collective, notre essai explore d’abord comment les actions telles que le vote, la participation politique, les manifestations, le lobbying ou se livrer à d’autres moyens de pression sont configurés dans la communauté vodouisante. Puis, à travers la théorie de la socialisation et participation politique, nous présenterons, d’une part, comment ce secteur peut construire son calendrier politique. D’autre part, nous verrons comment les problèmes du genre peuvent être abordés dans ce même débat afin que les femmes aient une forte présence politique.

Rebecca S. Cadeau, Université de Paris VIII : L’assignation sexuée de la parole en Haïti : analyse d’un paradoxe
Cette communication propose d’analyser, au prisme du genre, les « structures objectives » (Bourdieu, 1998) des attributs de pouvoir concédés aux candidats lors des débats électoraux mixtes en Haïti. En considérant ces échanges oraux, à l’instar d’une conversation ou d’un dialogue, comme une activité dans laquelle existent des relations de pouvoir (Monnet, 1998), ils s’apparentent à un terrain privilégié pour l’appréhension de la représentation des femmes dans la « République des mâles » (Bélaise, 2008). « Le débat présidentiel », un débat électoral télévisé réalisé en 2015, mettant en scène sept canditat.e.s dont une femme constitue le corpus de cette analyse. Notre réflexion suivra la grille de Corinne Monnet de l’étude de la répartition sexuée des tâches dans le « travail de la conversation » et s’articulera autour de deux hypothèses. D’une part, le mythe selon lequel la parole est une activité féminine constitue une stratégie qui porte les femmes à incorporer des positions de dominées dans les prises de parole. D’autre part, en faisant un usage inégalitaire de la parole, les hommes marginalisent les femmes dans l’espace politique. Au final, il s’agit de mettre en évidence les logiques patriarcales qui engendrent une « inscription différenciée des hommes et des femmes » (Bagel, 2005) dans la sphère politique conforme à la « de la domination masculine » (Bourdieu, op. cit) classique de la vie quotidienne.