1. Concevoir les rapports sociaux de sexes

10 :30 AM – 12 :15 PM
Grande tente, Université Quisqueya

Présidence de séance : Darline Alexis, Université Quisqueya / École Normale Supérieure

Francine Descarries, Université du Québec à Montréal : De l’identité sexuelle aux rapports sociaux de sexe : un continuum qui divise les féministes
Dans la mouvance féministe actuelle, les réflexions sur les rapports de sexe/genre, l’identité « femme » et les voies d’affranchissement, comme celles sur le sujet même du féminisme, se multiplient. Elles se présentent sous des formes de plus en plus diversifiées, sinon parfois contradictoires. L’interprétation des causes de l’inégalité entre les femmes et les hommes, selon que celle-ci soit pensée en termes de différenciation, de discrimination, d’oppression, d’exploitation ou de déconstruction des genres, constitue vraisemblablement une première ligne de démarcation entre elles. Ainsi, le féminisme québécois accueille aujourd’hui un ensemble de courants de pensée modulés en fonction des réalités, des intérêts et des stratégies portés par diverses classes/catégories de femmes et pour plusieurs, de leur affinité avec les « théories politiques de la sexualité et le questionnement sur les subjectivités » et les identités.  Dans le cadre du présent exposé, à partir de mon observation de l’évolution du champ des études féministes au Québec, parmi les courants les plus en vue du continuum de la pensée féministe, j’évoquerai d’abord brièvement les féminismes individualiste et postmoderne, actuellement très présents dans le créneau des « gender and sexualities studies », avant de m’arrêter davantage à celui que je désigne sous le vocable de féminisme solidaire (Descarries, 1998). L’hypothèse qui traverse mon propos est que le féminisme solidaire, contrairement aux deux autres courants, avance une explication clairement sociale de l’oppression des femmes et entretient l’ambition de construire un discours et des pratiques qui rendent compte des divers rapports sociaux de division et d’oppression qui traversent la vie des femmes et, souvent, les opposent entre elles. 

Marie Blanche Tahon, Université d’Ottawa : Renouveler les questions avec Françoise Collin
Cette communication est susceptible d’apporter un éclairage sur la manière féministe d’aborder la domination masculine en présentant l’apport de Françoise Collin, une des fondatrices, en 1973, à Bruxelles, de la première revue féministe francophone, Les Cahiers du Grif. Elle a fait entrer le féminisme dans la philosophie et la philosophie dans le féminisme (notamment, Hannah Arendt [Cahiers du Grif, n. 33, 1986 ; son livre, L’homme est-il superflu?, Odile Jacob, 1999], mais aussi Blanchot [Maurice Blanchot et la question de l’écriture, Gallimard, 1971 ; réédité en 1986], Lévinas et Derrida). Dans son travail théorique et littéraire (elle a publié plusieurs romans), comme dans sa pratique (en plus de la revue, elle a dirigé une collection chez Tierce, une maison féministe, sans compter ses interventions nombreuses dans des associations féministes),sa perception permet de relativiser les querelles intraféministes entre universalisme et différencialisme, et entre la « deuxième » et la «  troisième vague  » du féminisme, en creusant l’idée, difficile à mettre en application, selon laquelle « l’oppression des femmes a ceci de particulier qu’elle atteint chaque femme de façon singulière, jusque dans son intimité, et que c’est à travers chaque femme, par chaque femme, comptable devant elle seule, qu’elle doit être collectivement combattue ».

Célia Romulus, Queen’s University : Décoloniser les méthodes de recherche – réflexion sur le potentiel d’une recherche action féministe, participative et décoloniale
De nombreux-ses auteur-e-s situé-e-s au « Sud politique » ou issu-e-s de l’école postcoloniale dénoncent la reproduction de structures de domination coloniales à travers la production de savoir et le déni par le féminisme international de l’existence de hiérarchies et dynamiques de pouvoir entre féministes, militantes et/ou universitaires situées au ‘Nord’ et ‘Sud’ politiques. L’opportunité de production et de reconnaissance du savoir est fonction du mécanisme de création d’identités/différences et de certaines conceptions épistémologiques. En effet, le capital politique/social -prérequis supposé de cette production- est situé à l’intersection de différents identifiants associés à l’individu. On peut citer la langue, le niveau d’éducation/profession, la localisation géographique, le genre, la classe, l’ethnicité/couleur. De plus, force est de constater que ces rapports de pouvoir posent des questionnements épistémologiques : qu’est-ce que le savoir, qu’est-ce qu’un objet de recherche valable et quelle méthodologie est à valoriser ? Cette communication est basée sur l’hypothèse que l’identité revendiquée/imputée au-à la militant-e/universitaire ainsi que son objet de travail ou de recherche affecteront l’accès à certaines ressources qui à leur tour auront un impact sur l’opportunité de production et de valorisation de ce savoir (financement et possibilité de dissémination). Elle propose ainsi de mettre en lumière certaines continuités coloniales dans la production de savoir et d’explorer le potentiel d’une recherche-action féministe participative permettant d’aller au-delà de la critique postcoloniale qui suggère une réforme du savoir au sein du système universitaire existant.